Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

  • La publicité contre l'Etat

    La mairie LR de Colombes (Hauts-de-Seine) a lancé une campagne pour dénoncer la baisse des dotations de l'État aux communes. Également visé, Alexis Bachelay, député PS, compte porter plainte. Elles sont une quinzaine à être placardées sur les panneaux publicitaires à Colombes. Des affiches, au design assez primaire, mais comportant un message clair: «Le plan Valls 2014/2017, voté par A. Bachelay, député PS de Colombes, Gennevilliers, Villeneuve-la-Garenne, c'est 20 millions d'euros de moins pour les Colombiens». Voilà la nouvelle campagne de pub, lancée par Nicole Goueta, la maire Les Républicains (LR), de la ville de Colombes, pour protester contre la baisse des dotations de l'État aux communes. Alexis Bachelay, député de la première circonscription des Hauts-de-Seine et principal opposant à Colombes, s'est indigné d'une telle campagne sur son compte Twitter, déclarant que la mairie «dilapidait l'argent public». Pour Alexis Bachelay, il y a un dévoiement de la part de la mairie qui s'est lancée dans «une campagne agressive, s'en prenant nominalement au premier ministre et à un député». Cette attaque, qu'il qualifie de «politicienne», utiliserait de surcroît des données erronées. «Les 20 millions d'euros sont sortis de leur contexte, ils ne veulent rien dire, et ne correspondent pas à la période 2014-2017, c'est du bidonnage», insiste le député PS. Ce dernier compte d'ailleurs aller jusqu'au tribunal. «Ce n'est pas le rôle d'une collectivité que de faire de la communication sur des espaces destinés à de l'information», ajoute-t-il. Alexis Bachelay va d'ailleurs écrire à Nicolas Sarkozy, le chef de rang du parti Les Républicains, pour qu'il rembourse les frais engagés. La mairie, elle, assure que la campagne n'a rien coûté aux contribuables. Affichées sur des panneaux JC Decaux, les publicités ont été exclusivement réalisées par et pour le publicitaire JC Decaux. «JC Decaux paye une redevance à la ville pour installer ces panneaux, et nous offre cinq campagnes publicitaires par an», explique Jérôme Besnard, le chef de cabinet de Nicole Goueta. Ainsi, le partenariat avec le groupe spécialiste de la publicité urbaine permet à la municipalité d'afficher gratuitement des publicités institutionnelles, qui auraient tout aussi bien pu porter sur des annonces locales. «Les affiches sont siglées ‘Colombes' et non pas ‘Les Républicains'», note encore Jérôme Besnard. Pour ce qui est du commentaire sur Manuel Valls, la mairie répond simplement «que c'est de bonne guerre». Une deuxième affiche a d'ailleurs été éditée et placardée dans la ville, sur laquelle il est écrit: «Avec Goueta, promesse tenue , 0% de hausse d'impôt». Un moyen pour l'élue de faire savoir que malgré la baisse des subventions aux communes du gouvernement, la ville de Colombes a réussi à ne pas augmenter les impôts locaux. À Argenteuil (Val-d'Oise), une campagne similaire avait été lancée en novembre dernier. C'est Claude Bartolone, alors en campagne pour les élections régionales, qui avait saisi la justice au sujet d'une campagne d'affichage financée par le maire Les Républicains, Georges Mothron. Sur une vingtaine d'affiches payées par la mairie d'Argenteuil, il était écrit: «Le plan Valls 2014-2017, voté par Philippe Doucet, c'est 45 millions de dotation en moins pour les Argenteuillais». Claude Bartolone avait déclaré que ces affiches utilisaient les moyens d'une collectivité locale pour servir la campagne de son opposante, Valérie Pécresse. À Argenteuil, même argument qu'à Colombes, «la campagne n'a pas coûté un centime à la ville», avait déclaré le directeur de cabinet du maire. Une campagne également prise en charge par JC Decaux, dans le cadre d'un contrat équivalent passé avec la municipalité. À Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), c'est par tract que la municipalité a choisi de dénoncer les actions du gouvernement. Un document reçu il y a quelques jours par tous les Asnièrois, sur lequel il est inscrit «Le gouvernement asphyxie les communes», et envoyé par la municipalité (LR). Le document, tiré à 55.000 exemplaires a été réalisé par le service communication de la ville et aurait coûté 2100 euros à l'impression, selon Le Parisien. Le maire, Manuel Aeschlimann, assume totalement cette dépense.

  • La Grèce se tiermondise

    Alors que l'Europe cherche la solution face à la crise migratoire, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve est venu plaider pour la montée en puissance des "hotspots", ce jeudi 4 février à Lesbos où il a assuré les Grecs de la solidarité du gouvernement français. La Grèce est cependant montrée du doigt par ses partenaires européens pour ses défaillances dans la gestion de la question migratoire. Le pays risque de se trouver isolée si les pays européens prolongent leurs contrôles aux frontières. La crise des réfugiés met aussi à l’épreuve les limites d’une économie grecque atone, et menace sa capacité à prendre en charge un flux de migrants qui ne donne aucun signe de d’affaiblissement. Venant s‘ajouter aux pressions préexistantes liées aux politiques d’austérité, la nouvelle contrainte économique qu’impose cette crise ravive les craintes, au sein du gouvernement grec, qu’une nouvelle vague xénophobe anti-réfugié prenne forme si l’Union européenne et la Turquie ne passent pas à la vitesse supérieure. Un rapport rédigé par Yannis Stournaras, le gouverneur de la Banque de Grèce, vient confirmer ces inquiétudes. Le document, présenté au conseil général de la Banque centrale européenne le 17 décembre dernier, reprend des travaux déjà publiés sur les conséquences économiques des flots de réfugiés pour démontrer la réalité des risques que la crise actuelle fait peser sur la Grèce. “La poursuite/l’aggravation que la crise [des réfugiés] fait peser sur les perspectives de l’économie grecque engendre un nouveau facteur de risque de déclin”, avance Yannis Stournaras. Le fait que le message provienne de cet homme, ministre des finances de 2012 à 2014 sous le précédent gouvernement de centre-droit, ne fait que renforcer le poids du propos. L’accroissement de la dépense publique pour absorber les milliers de réfugiés qui parviennent sur les côtes grecques chaque jour équivaudra à 0,3 % du PIB cette année, soit 600 millions d’euros, affirme Stournayas dans son rapport, citant à l’appui des estimations gouvernementales. Ces dépenses obligeront à des arbitrages difficiles "en ces temps de stricte rigueur budgétaire", relève le document. Le rapport observe également que l’afflux massif de demandeurs d’asile, des Syriens pour la majorité, a eu un effet particulièrement perturbateur sur le secteur touristique dans les îles grecques et sur le commerce extérieur, du fait de la désorganisation induite des voies de navigation maritimes. La grande majorité des réfugiés qui arrivent en Grèce poursuivent leur route vers des pays européens plus riches, en particulier l’Allemagne et la Suède, qui ont ces derniers temps été relativement accueillantes. Mais les pays voisins ont de plus en plus tendance à fermer leurs frontières aux demandeurs d’asile qui proviennent de Grèce, ce qui devrait pousser bon nombre de réfugiés à rester dans le pays. Cette situation implique que le gouvernement devra également supporter les dépenses liées à leur hébergement, leur alimentation et à leur santé, souligne le rapport Stournaras. L’ironie veut que les pays de destination plus riches, comme l’Allemagne, seraient, sur le plan économique, les principaux bénéficiaires potentiels de l’arrivée des réfugiés, selon le rapport. Car ces pays souffrent de carences de main d’œuvre qualifiée dans certains secteurs, carences qui pourraient être comblées par de nouveaux arrivants. La Grèce, principal lieu de transit pour les réfugiés qui rejoignent les côtes européennes, fait partie des pays les moins bien dotés économiquement pour faire face à cet afflux. (84 % des demandeurs d’asile qui ont gagné l’Europe par la mer en 2015, et 92 % depuis début 2016 sont passés par la Grèce, d’après les Nations unies). La Grèce est encore sous le choc de la crise financière et des mesures d’austérité massive imposées par les trois plans de renflouement décidés depuis 2010. Son taux de chômage qui frise les 25 % est le plus élevé de l’Union européenne, et son économie s’est rétrécie de 25% par rapport à 2009 – entraînant avec elle dans des proportions comparables les revenus des foyers grecs. La diversité des effets que peut avoir la crise des réfugiés d’un pays européen à l’autre reflète les disparités existant dans l’eurozone, affirme Angelos Chryssogelos, spécialiste des politiques européennes à la London School of Economics. "C’est comme lorsqu’on parle d’un accroissement des exportations de l’eurozone : ça ne reflète pas une progression dans chacun des pays européens", affirme-t-il, relevant que la première part de cette croissance des exportations est souvent le fait de l’Allemagne.